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La Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (FE/UEH) reçoit, du 11 au 26 juin 2012, l’anthropologue franco-suisse Thierry Wendling, enseignant à l’Université de Neuchâtel (Suisse) et chercheur au CNRS en mission d'expertises et d'enseignement. La Lettre de l'UEH présente les principales activités pédagogiques prévues dans le cadre de cette mission1.
Mercredi 13 juin 2012, 10h00 SéminairePublic : Étudiants de 3e Année Thème : L'ethnographie. Sa philosophie, son enseignement, sa pratiqueDescriptif : Qu'est-ce que l'ethnographie ? Certains n'y ont vu qu'un moment subsidiaire de la réflexion anthropologique, qu'un simple recueil de faits exotiques qui se devaient d'être ensuite analysés par des savants. Loin de cette perspective, la présente conférence tient au contraire à réaffirmer la grandeur, mais aussi la difficulté de l'ethnographie. On réfléchira ainsi à la philosophie et à l'éthique de l'ethnographie ; on se posera aussi concrètement la question : "comment faire de l'ethnographie ?" ; on envisagera enfin comment la pratique ethnographique se transforme avec la révolution technologique actuelle (appareils d'enregistrement numériques, gigantesques banques de données, internet) et avec les grandes transformations sociales contemporaines (multiculturalisme, mondialisation de l'économie, diversification des paroles d'autorité…). Nous présenterons ainsi notre philosophie générale qui accorde une place essentielle à l'ethnographie dans la constitution de la réflexion anthropologique. Ce n'est que par l'observation précise et approfondie des faits sociaux et culturels qu'une meilleure compréhension des sociétés est possible. Or savoir observer un phénomène et en rendre compte relève d'un apprentissage délicat et complexe : il faut entrer dans le détail du quotidien tout en gardant à l'esprit les grandes questions de l'anthropologie sociale, économique, religieuse, … Il faut abandonner l'ethnocentrisme, les jugements de classe, les préjugés religieux, les fascinations ou les commisérations économiques pour décrire et analyser avec justesse ce que disent et ce que font vraiment tous les différents acteurs sociaux. Au-delà de l'apprentissage proprement anthropologique, l'initiation à l'ethnographie nous apparaît aussi porteuse d'un enseignement citoyen. Apprendre à voir, à dialoguer, à développer un esprit critique, à faire la part des choses, à poser des questions pertinentes, à considérer les idéologies aussi bien que les contraintes sociales, à rédiger des observations qui permettront de diffuser des connaissances acquises au contact de la réalité, voilà autant qui nous paraissent constitutifs de ce que l'Université se doit de transmettre à ses étudiants. Lundi 18 juin 2012, 16h00 ConférencePublic: Etudiants du Tronc commun (Première Année) Thème : Histoire et ethnologie des jeuxDescriptif :Bien que les jeux soient longtemps restés délaissés par la réflexion anthropologique, nous montrerons qu'ils constituent en fait un objet privilégié pour considérer sous un nouveau jour de nombreux problèmes théoriques. Pour suggérer l'extrême richesse de ce champ d'observation, nous emprunterons tout d'abord plusieurs exemples à l'éthologie (le jeu chez l'animal), à l'histoire (les jeux à travers les âges) et à la psychologie (le jeu chez l'enfant, le jeu addictif) en considérant à la fois ce que ces faits nous apprennent sur le comportement ludique et ce qu'ils nous révèlent aussi de la constitution d'un objet scientifique. Nous envisagerons ensuite comment l'étude ethnographique de situations ludiques précises permet de questionner plusieurs grands concepts anthropologiques. Les enfants qui jouent à appuyer sur les sonnettes des portes puis à partir en courant nous feront réfléchir au contrat ludique, et plus largement au contrat social. Des devinettes, des menteries, des joutes oratoires nous amèneront à nous demander si la langue est simplement un moyen de transmettre des informations. Des pratiques traditionnelles en Sibérie nous feront douter de grandes distinctions universelles comme celle entre jeu et religion. Avec les compétitions internationales d'échecs nous verrons si le jeu n'est pas une forme particulière de rite de passage. Les concours de gros mangeurs ou de cracheurs de noyaux nous feront prendre en considération la part de parodie qu'entretiennent les sociétés humaines. Au final, nous retrouverons la pensée du grand historien et anthropologue néerlandais, Johan Huizinga, qui n'hésitait pas à affirmer que chaque être humain n'est pas seulement doué d'intelligence (Homo sapiens), de parole (Homo loquens), de sens pratique (Homo faber), mais qu'il est peut-être surtout et avant tout un joueur (Homo ludens) face à la complexité du monde et de ses contemporains. Mercredi 20 juin 2012, 16h00 SéminairePublic : Étudiants de 3e AnnéeThème : L'anthropologie des jeux. Les jeux de hasardDescriptif :Après un rappel général sur l'anthropologie des jeux dits de hasard, et notamment sur le lien que ces jeux entretiennent dans de nombreuses civilisations avec le religieux, le séminaire présentera une ethnographie des «matchs au loto» (bingo) qui rassemblent dans les villages suisses plusieurs centaines de participants chaque semaine. Au-delà d'une attitude ethnocentrique qui soit condamne, soit regarde avec condescendance cette pratique, on montrera les multiples facettes de cette passion ludique. Après avoir dressé un rapide historique du loto dans le monde et précisé son rôle social et économique en Suisse, on présentera la diversité des acteurs sociaux et de leurs motivations et on considérera plus particulièrement l'ambiguïté du symbolisme, de la croyance et des pratiques magiques. On s'arrêtera ainsi sur la présence de petits cochons et autres trèfles à quatre feuilles qui servent de porte-bonheur aux joueurs et aux joueuses. Que nous apprennent ces grigris ? Dans la perspective d'un Lévy-Bruhl, on pourrait n'y voir que la simple expression d'une mentalité primitive qui croit en l'efficacité des fétiches. Mais une telle explication éclaire finalement moins le comportement du porteur de la "croyance" (l'indigène) que les motivations ou les présupposés de son interprète ("l'ethnologue"). Aussi plutôt que de projeter une explication particulière, on examinera plutôt avec attention (et agnosticisme, car il s'agit pour l'ethnographe de ne pas tomber dans le piège de croire que l'indigène croit !) les comportements et les discours que les joueurs développent autour de ces objets ou de ces pratiques. Il en résultera que l'attitude qualifiée par l'observateur extérieur (voire par l'indigène lui-même) de "magique" emmêle en fait foi du charbonnier et théories indigènes du hasard et de la croyance, ironie et humour, scénographie et relations familiales ou amicales. Bref le petit cochon est un objet complexe et son étude montre l'apport d'une ethnographie du ludique à la compréhension des comportements humains. Notice bio-bibliographique de M. Thierry Wendling Thierry Wendling est un anthropologue franco-suisse qui, après des études sur l'Inde, s'est spécialisé dans le champ des pratiques ludiques (du jeu d'échecs international aux concours locaux de gros mangeurs, des bingos villageois en Suisse aux courses de rennes en Sibérie…) et dans le domaine de l'histoire de l'ethnologie. Sa thèse, soutenue en 1998, a donné lieu à l'ouvrage Ethnologie des joueurs d'échecs (PUF 2002). Il rédige actuellement un ouvrage Claude Lévi-Strauss et l'esprit du jeu. Après avoir enseigné à Paris, Neuchâtel et Lausanne, il est maintenant chercheur au CNRS (Laboratoire d'Anthropologie et d'Histoire de l'Institution de la Culture, Paris). Passionné par les questions d'ethnographie, il co-dirige la revue en ligne internationale www.ethnographiques.org et est également membre du Comité de la revue Ethnologie française. Pour tous renseignements écrire à M. Pierre Bellefleur (
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(1) Cette mission est prise en charge par le Bureau Caraibe de l'AUF. |